C'est un fait, tu vas réellement devoir traverser cette violente tempête. Cette tempête métaphysique et symbolique. Mais, si symbolique, si métaphysique qu'elle soir, ne te méprends pas : elle tranchera dans ta chair comme mille lames de rasoir affûtées. Des gens saigneront, et toi aussi tu saigneras. Un sang chaud et rouge coulera. Tu recueilleras ce sang dans tes mains : ce sera ton sang, et le sang des autres.
Une fois la tempête passée, tu te demanderas comment tu as fait pour la traverser, comment tu as fait pour survivre. Tu ne seras pas très sûr, en fait, qu'elle soit vraiment achevée. Mais sois certain d'une chose : une fois que tu auras essuyé cette tempête, tu ne seras plus le même. Tel est le sens de cette tempête.
La prédiction, constamment présente, telle une mystérieuse étendue d'eau noire.
D'ordinaire, elle se dissimule quelque part dans un lieu inconnu. Mais, quand le moment vient, elle s'avance sans bruit, et vient glacer chaque cellule de ton corps, et toi, tu te noies, pantelant, dans cette eau qui monte implacablement. Tu t'accroches à une bouche d'aération proche du plafond, et essaies désespérément d'aspirer l'air du dehors. Mais l'air que tu respires est sec et te brûle la gorge. Des éléments normalement opposés, l'eau et la sécheresse, le froid et le chaud, rassemblent leurs forces pour te terrasser.
Dans l'immensité du monde, tu ne vois nulle part d'espace pour toi -un espace minuscule te suffirait, pourtant. Tu cherches une voix, mais ne rencontre qu'un profond silence. À l'inverse, quand tu réclames le silence, c'est la voix de la prédiction qui se fait entendre sans fin. Et, de temps en temps, cette voix prophétique appuie sur un bouton secret dissimulé au fond de ton cerveau.
Ton esprit ressemble à un vaste fleuve en crue après une longue période de pluies. Tous les poteaux de signalisation ont disparus sous l'eau, et ont peut-être déjà été entraînés vers un lieu obscur. Et la pluie continuer à frapper violemment la surface du fleuve. C'est ce que tu te dit chaque fois que tu vois des images d'inondation au journal télévisé : « Voilà exactement à quoi ressemble mon esprit. »
J'aperçois un bout de ciel entre les branches. Il n'y a ni lune ni étoiles, pourtant le ciel est étrangement clair. On dirait que les nuages forment un écran sur lequel se réfléchit la lumière de la Terre.
J'essaie de reprendre mes esprits. Pour cela, il faut que je rassemble les morceaux du puzzle de ma personnalité, éparpillés autour de moi. J'ai l'impression que ce n'est pas la première fois. J'ai la sensation d'avoir déjà vécu cette scène. Mais où, et quand ? J'essaie de remonter le fil de ma mémoire, mais il se casse tout le temps. Je ferme les yeux et laisse couler le temps.